Matthieu, 13, 1-23
Homélie du frère Gabriel Nissim
Couvent Saint Jacques
Messe du dimanche 12 juillet 2026
Le Christ parmi nous comme un semeur.
Dieu, pour nous, comme un semeur. La Parole de l’Evangile comme une semence.
Mais alors, frères et sœurs, le fruit qui va pousser, c’est nous qui l’aurons produit ! Si la semence va donner de beaux épis pleins de bon grain, ce sera le fruit de la semence de Dieu, oui – et, tout autant, le fruit de notre bonne terre…
L’autre jour, je passais en Beauce, et je pouvais admirer ces immenses champs de blé tout prêts pour la moisson, cette si bonne terre beauceronne qui donne de magnifiques récoltes.
Il y a eu la semence. Et il y a la bonne terre. Alors réalisons, prenons conscience de cette confiance, de cette confiance radicale que Dieu met en nous. Son projet pour notre humanité, son projet de Royaume, il le lance, comme une semence. Et ce sera le fruit de notre terre, de notre humanité : cela ne se réalisera pas sans que cela vienne de nous, aussi. Son Royaume, Dieu ne nous l’impose pas du haut de sa grandeur, à la façon des puissants de ce monde. C’est juste une semence, semée en nous. A nous alors de faire qu’il y ait une récolte, qu’il en sorte une belle moisson. Et cette façon de nous associer totalement à son projet, c’est l’expression d’une confiance structurelle en nous : cette humanité à faire devenir le Royaume de Dieu, il nous en confie la responsabilité, comme le semeur confie la semence à la terre.
De façon très réaliste – la parabole du Christ nous l’a bien dit. Il sait très bien qu’une grande partie de cette semence va être perdue : tant et tant de bonnes graines que nous aurons laissé étouffer, disparaître ; notre terre humaine est pleine de cailloux, de ronces et d’épines. Il le sait, il le voit, jusqu’aujourd’hui. Mais combien se réjouit-il de tout ce que nous portons de fruit : l’accueil, l’attention à l’autre, la réconciliation, le pardon, et jusqu’au don de nous-même. Toute cette sainteté : ces femmes, ces hommes qui ont donné leur vie pour les autres. Et, au quotidien, nous, vous, frères et sœurs, tous ces gestes, ces façons que nous avons d’aider les autres à vivre, de nous regarder fraternellement. Voilà notre responsabilité. Ce que lui a semé en nous, en faire une moisson, pour sa joie et pour la nôtre.
En ajoutant deux choses importantes.
D’abord que le grain et la terre, cela fait partie d’une parabole, c’est une image. N’oublions pas que, dans cette image, nous ne sommes pas seulement la terre, nous sommes aussi la graine, comme le Christ l’a été lui-même. Lui, une semence, une graine qui, tombée dans notre terre humaine, a dû mourir pour porter du fruit. « Si le grain ne meurt… », vous connaissez cette phrase de l’Evangile : oui, si le grain ne meurt, il n’y aura pas de récolte. Mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Nous sommes là au cœur de notre foi : c’est Pâques – la Pâque du Christ lui-même qui doit devenir la nôtre. Le Christ n’a pas été seulement, en tant qu’homme, une bonne terre, mais il a été lui-même la graine jetée en terre qui en mourant a porté un fruit immense. Dans notre parabole, les mots le disent bien : la semence, tombée en terre, l’épi qui lève – la mort, la vie. Le Christ n’attend pas seulement de nous que nous soyons une bonne terre. Il nous invite à être nous-mêmes semence, à nous donner nous-même comme lui, avec lui, pour l’autre, pour les autres. Aimer l’autre comme nous-même.
Et seconde chose à souligner, c’est que cela nous concerne ensemble : chacun de nous, oui, mais encore davantage ensemble.
La graine semée, elle n’est pas toute seule – c’est une multitude de graines. La terre dans laquelle toutes ces graines sont semées, ce n’est pas seulement notre petit lopin de terre, c’est toute notre terre humaine : nos familles, nos communautés, notre société, notre humanité dans son ensemble. Ce sont des champs immenses, partout. Cette responsabilité que le Christ nous confie, nous la recevons ensemble. Et d’ailleurs cela fonctionnera beaucoup mieux, cela portera bien plus de fruit si nous nous en occupons à beaucoup, si nous nous aidons mutuellement à ce qu’il y ait une belle moisson. Il faut nous y mettre ensemble. Il faut que ça sème partout, il faut que ça pousse partout ! Voilà notre responsabilité en tant qu’Eglise, en tant que communauté des disciples du Christ. Et pas seulement au sein de nos communautés chrétiennes, mais avec toutes celles et ceux qui, dans notre humanité, entendent et accueillent dans leur cœur cette semence de Dieu.
Pour que notre terre humaine devienne un immense champ de blé. Pour la joie de la moisson. Pour la joie du semeur.