Mt 11, 25-30 Sacré-Coeur
Homélie du frère Jean-Christophe de Nadaï
Couvent Saint Jacques
Vendredi 12 juin 2026
Quelques mois avant le grand message du 16 juin 1675, où Notre-Seigneur demanda à sainte Marguerite-Marie que « le premier vendredi d’après l’octave du Saint-Sacrement [fût] dédié à une fête particulière pour honorer son cœur », Jésus s’était manifesté à elle par ces paroles : « Toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au Jardin des Oliviers, et laquelle tristesse te réduira, sans que tu puisses le comprendre, à cette espèce d’agonie plus rude à supporter que la mort. »
La tristesse de Jésus est volontaire : « cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au Jardin des Oliviers ». Il l’a voulue, parce qu’il a voulu notre salut : il n’y voulut pas mettre de bornes, pour que sa résolution d’accomplir la volonté du père fût plus belle et méritoire, et vaille à l’humanité, en faveur de ce mérite d’un des siens, la rémission de ses péchés, et l’envoi du Saint-Esprit Consolateur. Il dit à Pierre, Jacques et Jean : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. » Étant allé un peu plus loin, il tomba la face contre terre en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » Il revient vers ses disciples, et les trouve en train de dormir.
Ainsi donc Pierre et ceux qui se faisaient fort de ne le jamais renier n’ont pu veiller avec lui comme il le leur demandait. J’espérais un secours, mais en vain. Des consolateurs, et n’en ai pas trouvé, dit le Christ au livre des psaumes par la bouche de David son ancêtre. Au Jardin des Oliviers, écrit Blaise Pascal, « Jésus est seul sur la terre non seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui la sache. Le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance. »
Jésus partageait tout avec ses disciples, aux jours de sa vie sur terre. Il n’y eut que ce moment où, dans cette résolution de marcher à la mort, par quoi « il se sauva, écrit Pascal, et tout le genre humain », il devait y avoir quelque chose d’unique entre son Père et lui, où les humains pécheurs ne pouvaient prendre part, si confidents qu’ils fussent de Jésus, comme l’étaient Pierre, Jacques et Jean. Mais à présent que tout est accompli, par sa mort et sa résurrection, le message que Jésus délivre à Marguerite-Marie témoigne que désormais, nous avons accès au mystère de la sainte agonie, c’est-à-dire, à l’œuvre de notre rédemption. Jésus demande à ses disciples de veiller loin de lui dans l’attente de son retour glorieux. Il nous demande de veiller avec lui dans ses plus grandes peines, ce que ne purent faire alors Pierre, Jacques et Jean. Le Sauveur qui nous a envoyé l’Esprit Consolateur s’est voulu mettre en état de recevoir des consolations dans les membres souffrants de son corps. Ne nous dérobons pas à l’amitié et à l’honneur, tout ensemble, qu’il nous fait de veiller de la sorte avec lui.