Homélie pour la vigile pascale
Homélie du frère Philippe Jaillot

Couvent de l’Annonciation
Homélie pour la vigile pascale – samedi 5 / dimanche 4 avril 2026

Nous voici au cœur de la nuit pour vivre la vigile pascale.
Cette nuit, frères et sœurs, le mystère qui s’accomplit nous appelle à méditer une façon apparemment toute simple pour qualifier Dieu : le Dieu vivant.
Cette nuit actualise une autre nuit de notre histoire humaine, il y a près de 2000 ans : le mystère pascal s’opère après le procès, la passion, la crucifixion et la mise au tombeau de Celui que l’on connaissait sous le nom de Jésus.
Cette nuit est aussi la nuit épaisse de tant d’hommes et de femmes aujourd’hui : dans les hôpitaux, sur les fronts de guerre, dans l’incertitude du lendemain, dans la précarité, dans les lieux où la mort est décidée, dans les situations de réconciliations qui semblent impossibles, ou d’outrages qui chahutent une existence. 
C’est la nuit.

L’Écriture parle du Dieu vivant. Le philosophe et le théologien aussi, emploient ces mots, parlant de Celui qui « est par lui-même » : il est l’existence même, la vie au plus haut point. Et ainsi, Il est aussi source de toute vie. 
Mais, ayant traversé ce triduum pascal, nous entendons que Dieu vient nous donner une vie nouvelle. Le mystère que nous fêtons en cette nuit n’est pas seulement un souvenir, il s’accomplit : le mystère est un événement qui agit dans notre vie. 


A partir de là, je vous propose de tirer un fil parmi d’autres pour mieux découvrir qui est ce Dieu vivant. Disons que le Dieu vivant est Celui qui nous veut vivants.

Regardez les femmes dans l’évangile : il est écrit qu’elles viennent au tombeau pour le regarder. Leurs yeux sont tournés vers la mort. Leur espérance semble éteinte.
Regardez les gardes : sûrs de leur force, ils deviennent comme morts lorsque Dieu surgit. Une traduction littérale exprime qu’ils sont séismés, pour dire que le séisme provoqué par la venue de l’ange au tombeau a un effet sur eux.
Lorsqu’il parle des femmes puis des gardiens, ce récit de l’Evangile met en tension vie et mort

Dire que le Dieu vivant est déjà celui qui nous veut vivant, c’est déjà laisser entendre qu’il nous veut. Il nous crée. Le récit de la création nous le rappelle, et il précise : ce que Dieu fait est bon. Nous ne sommes pas le fruit du hasard, nous sommes voulus.
Donc Dieu nous veut. Mais je pousserai plus loin en disant que Dieu veut de nous

Pourtant, une objection surgit : l’épisode du déluge auquel le prophète Isaïe fait allusion, comme nous l’avons entendu ? (Is 54, 5-14). L’épisode du déluge ? Ne donne-t-il pas l’impression que Dieu renonce à l’humanité qui s’est enfoncée dans le péché ? Le Seigneur qui vit que la méchanceté de l’homme était grande (…) se ravisa d’avoir créé l’homme sur la terre. Le péché était orgueil et refus de confiance en Adam et Ève. Jalousie et violence en Caïn face à son frère Abel. Désir de puissance et d’uniformité dans le peuple de Babel…

Mais que faut-il vraiment imputer à Dieu ? Le texte du livre de la Genèse ajoute que la terre se détruisait elle-même. « Toute chair avait détruit sa route sur la terre » (Gn 6, 11-12). Par ailleurs, un commentaire juif donne une autre piste de compréhension : « Dieu se consola de ce qu’au moins Il avait créé l’homme sur la terre. Car s’Il l’avait créé au ciel, il aurait entraîné dans sa rébellion les mondes supérieurs ». Et il est vrai que les chrétiens reconnaissent dans la résurrection le désir de Dieu que nous vivions les réalités d’en haut, c’est-à-dire une amitié vécue sans faille avec le Christ en la vie éternelle. Au-delà de la vie collée à ce monde, c’est la vie nouvelle qui nous est promise.

Pourtant, face à notre objection, notons que Dieu préserve la vie : il sauve Noé et par lui un couple de chaque espèce pour que la vie puisse continuer. Tels sont les premiers termes de son alliance . Puis, après le déluge, il promet : « jamais plus ! ».
Depuis, cette alliance s’est déployée. Avec Abraham, à qui Dieu donne une grande descendance. Puis avec Moïse et les prophètes pour nous conduire à la liberté, car sans elle, nous n’aurions qu’une vie au rabais. Par eux, Dieu nous dit : « viens, vis, deviens, et tu n’es pas seul pour cela, tu fais partie d’un peuple, de toute l’humanité que j’appelle à vivre ».
Et tout aboutit à cette nuit : cette alliance devient nouvelle et éternelle en Jésus Christ, mort et ressuscité pour que nous soyons vivants.

Car, frères et sœurs : Dieu nous veut, et Dieu veut de nous.
Mais il faut aussi considérer entière ma formule initiale : Dieu nous veut vivants.

Quelle vie ? Quelle vitalité ?
• Nous sommes vivants si nous sommes présents, agissant, aimant, attentifs à ce monde et à ceux qui l’habitent, proches et lointains. Jésus se rend en cette Galilée où le monde vit et travaille. 

• Par ailleurs, Dieu nous veut réveillés. Littéralement, dans l’Evangile, c’est le mot utilisé par l’ange pour exprimer la résurrection de Jésus : il s’est réveillé.
Si Dieu nous veut vivants, comme l’est le Christ ressuscité, il nous veut réveillés : restant conscients de la vie qu’il nous donne, vie éternelle vers laquelle nous avançons dès ce monde ; restant aussi conscients des appels au secours ici-bas.

• Être vivants c’est aussi avancer sur une chemin de foi et d’espérance. L’Évangile précise que Jésus « précède » ses disciples en Galilée. Sa résurrection ouvre un chemin. Cela veut dire une chose essentielle : la vie a toujours une longueur d’avance sur la mort. Et c’est une grande longueur : celle de son infinie prévenance et de son infaillible présence.
Croire et espérer, c’est reconnaître que la vie a toujours une longueur d’avance.
Et plus notre foi grandit, plus cette longueur d’avance de la vie devient éclatante.
Saint Paul le laisse entendre avec force : « de même que le Christ qui était mort est vivant, de même, pensez que sa mort vous a fait mourir au péché, et que vous êtes vivants pour Dieu en Jésus Christ ! » (Rm 6, 11)

Frères et sœurs, en cette nuit de Pâques, accueillons cette vérité :
Dieu est vivant. Et il nous veut vivants. Amen

Traduction de Sœur Jeanne d’Arc

1 Après le sabbat, le premier de la semaine commence à briller,
viennent Marie la Magdaléenne et l’autre Marie, voir le tombeau.
2 Et voici : survient un grand séisme,
car un ange du Seigneur descend du ciel, s’approche, roule la pierre et s’assoit dessus.
3 Son aspect est comme l’éclair, son vêtement, blanc comme neige.
4 Pris de crainte devant lui, les gardiens sont séismés : ils deviennent comme morts.
5 L’ange intervient et dit aux femmes :
« Pour vous, ne craignez pas : je sais bien que vous cherchez Jésus, qui fut mis en croix.
6 Il n’est pas ici, car il s’est réveillé, comme il l’avait dit.
Venez, et voyez le lieu où il était posé.
7 Vite, allez dire à ses disciples :
“Il s’est réveillé d’entre les morts. Voici, il vous précède dans la Galilée : là vous le verrez.”
Voilà, je vous ai dit. »
8 Elles s’en vont vite, du sépulcre.
Avec crainte et grande joie, elles courent annoncer à ses disciples.


9 Et voici, Jésus les rencontre.
Il dit : « Salut ! » Elles s’approchent, elles lui saisissent les pieds, 
et se prosternent devant lui.
10 Alors Jésus leur dit :
« Ne craignez pas. Allez annoncer à mes frères qu’ils s’en aillent dans la Galilée :
là, ils me verront. »

Traduction liturgique de la Bible

01 Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre.
02 Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.
03 Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige
04 Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts.
05 L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
06 Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait.
07 Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. »
08 Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.


09 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
10 Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »