Messe du 6ème dimanche de Pâques
Homélie du frère Éric T. de Clermont-Tonnerre
Couvent de l’Annonciation
Messe du 6 ème Dimanche de Pâques, 10 mai 2026
Jn 14,15-21
« Soyez prêts, à tout moment, à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous ! »
Il me semble que nous ne pouvons pas laisser passer une telle invitation sans nous y arrêter un moment. Elle commence par cette formule étonnante : « Soyez prêts, à tout moment, à présenter une défense… ». On pourrait donc nous accuser, nous reprocher d’être habités par l’espérance. Il faudrait s’en défendre, s’en justifier ?
Peut-être parce que l’espérance véritable est une forme de liberté et la liberté, beaucoup de gens n’aiment pas cela.
L’apôtre Pierre, sans sa première lettre, rappelle tout d’abord aux baptisés qu’ils constituent un peuple nouveau (« une nation sainte, un sacerdoce royal… ») chargé dans le monde « d’annoncer les merveilles de Celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ». C’est alors qu’il invite les chrétiens à rendre compte de leur espérance et à avoir une bonne conduite.
Le reste de la lettre indique les lieux et les circonstances où cette espérance et cette bonne conduite doivent se manifester : à l’égard des autorités, dans la vie sociale, dans le mariage et la vie familiale, entre frères et sœurs dans les communautés… et dans la persécution.
Cette espérance n’est donc pas l’insouciance ou l’optimisme facile qui permettent de s’évader rapidement des difficultés et épreuves concrètes du monde et de nos existences.
Cette bonne conduite n’est pas la conduite morale conforme à ces valeurs et repères que nous nous donnons nous-mêmes et qui nous rassurent : au fond, nous sommes des gens biens et de bons chrétiens !
L’espérance et la bonne conduite « dans le Christ », dont parle l’apôtre Pierre se manifestent dans un affrontement courageux et persévérant aux réalités difficiles de ce monde, aux mensonges et injustices de toutes sortes. Et c’est la raison pour laquelle elles rencontrent des oppositions, des opposants, qui peuvent nous demander des comptes et dire du mal de nous.
Pierre précise : « le Christ lui aussi a souffert pour les péchés, lui, le juste, pour les injustes ».
Notre espérance, notre bonne conduite doivent donc se fonder sur la mort du juste, le Christ. Par le baptême, nous avons été associés à l’élan de cette Pâque qui nous a rendu capables d’endurer les épreuves avec le Christ et d’affronter le mal avec Lui : « Il nous a montré le chemin, afin que nous suivions ses traces », dira Pierre.
Dans la nuit précédant son arrestation et sa mise à mort, Jésus a longuement parlé à ses disciples. Il leur a donné les armes pour affronter le mal et traverser l’épreuve :
– Le pain et le vin pour la route.
– Le signe de la charité – le lavement des pieds.
– Sa Parole de vie.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui il leur fait cette triple promesse :
– « Celui qui m’aime, sera aimé de mon Père…»
– « D’ici peu (…) vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi… »
– « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur, l’Esprit de vérité… »
L’amour du Père, la présence du Fils vivant, la protection de l’Esprit… La Trinité à l’œuvre dans nos vies.
Pour conserver avec joie l’espérance, pour en témoigner par une bonne et belle conduite, il est nécessaire de recueillir ces dons qui nous sont faits. Nous les recevons et nous les offrons dans l’eucharistie, à chaque messe : la parole de Dieu, le pain et le vin, l’amour du Père, la présence du Fils, la protection de l’Esprit.
Les recevoir dans l’action de grâce. Mais aussi les offrir par toute notre vie.
Comment ? Comment faire ? Un jeune ami, marié, père de famille, répondait toujours à ce type de question « comment faire ? » avec un bon accent du midi que je ne saurai imiter : « Eh pardi, il faut faire comme Dieu ! »
Comme Dieu avec sa triple promesse :
– Aimer, donner de l’amitié aux amis comme aux ennemis, à ceux que l’on aime comme à ceux que l’on n’aime pas…
– Être présent d’une présence joyeuse et vivifiante, non pas tant là où il est bon et agréable d’être, mais sur les lieux de combat pour le bien, pour la justice, pour les démunis et vulnérables.
– Se positionner toujours comme défenseur et non comme accusateur, dans le respect et la vérité.
Demandons à l’Esprit de faire de notre vie une « promesse pour les autres »… par notre amour, par notre présence, par notre compréhension et notre pardon… une source d’espérance.